"Octavie" de Sénèque par le Ministère de l'Amour, est un tableau silencieux qui glisse vers le show impérial, un mélange de théâtre et de musique, reflet du spectacle total dans lequel notre civilisation actuelle est plongée.
L'Empire est un tableau qui ne bouge pas, unique, un cauchemar héroïque et souriant. Une Olympe humaine que rien ne semble pouvoir faire bouger.
Néron l'empereur que la pièce met en jeu, a fondé son règne sur un crime : le meurtre de sa mère, Agrippine, qu'il a fait monter sur un navire saboté. Mais s'il est désormais seul à exercer son pouvoir, le souvenir de son meurtre obsède l'empereur. Il semble condamné à faire revivre son acte par chacune de ses décisions.
Ainsi, Néron répudie sa femme Octavie au profit de sa maîtresse Poppée, et commet ainsi une grave erreur politique qui met en péril l'équilibre impérial.
Le spectacle met en jeu des questions de pouvoir et d'opposition au sein de la Cour Impériale, qui se retrouve ainsi face à elle-même, dans une tension proche de l'implosion.
Il y a jeux de cour et d'influences, et l'obligation pour chacun de briller en spectacle, seule liberté accordée par l'Empire.
La folie gagne la pièce ; des passages du début reviennent à la fin. Le texte est enjeu de pouvoir et Néron ramène perpétuellement à lui la lumière. L'Empire défaille, le texte craquelle, des paroles de chansons pop s'insinuent et se confondent à l'œuvre de Sénèque.

Quand le peuple se révolte, il ne reste plus pour l'Empire qu'à aller au bout de sa folie : désirer et provoquer sa propre destruction.
Seule sur son anti-trône, derrière les spectateurs,
Agrippine attend patiemment son heure.
"Octavie", c'est du théâtre musical :
La musique était déjà présente dans la pièce de Sénèque : le chœur, Octavie et sa nourrice avaient des parties chantées.
Le compositeur a fait le choix d'écrire deux chants polyphoniques dans le style du XVIème siècle et de les utiliser en boucle (approche de la musique électronique) pour progressivement glisser vers l'opéra rock, le show impérial.
Cette approche fait le lien entre le fanatisme d'aujourd'hui pour des stars de rock comme les Beattles ou Mickaël Jackson et celui de la Rome antique : Néron, jusqu'à sa mort, avait ses fans.

L'autre part-pris consiste en l'écriture de chansons pop dans le plus pur style de Starmania. La musique est intégralement jouée en live, avec les musiciens du boNObo-trio (www.boNObo-trio.com)
Le Ministère veut pousser le parti-pris jusqu’au bout
et proposer sur internet des chansons pop tirées du spectacle.
Créer, avec humour, notre propre show impérial, à partir des décombres. Financer la création et les représentations futures en entrant dans cette étrange arène, et en laissant, dans un premier temps, les gens libres de rémunérer ou non notre travail, comme l’a récemment fait le groupe “Radiohead”.
Participer, joyeusement, à la fin prochaine
de ce monde, La Fêter Ensemble !
Au final, "Octavie" c’est cela :
nous, l’équipe artistique,
sommes nos propres invasions barbares.
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